Pour un nouveau pacte républicain

vendredi 3 février 2017

2017 : année de la rupture démocratique


Le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF est la référence pour mesurer la valeur cardinale de la démocratie : la confiance. Depuis 2009, il dévoile les niveaux de confiance accordée aux acteurs politiques, sociaux et économiques par les Français. Il révèle les degrés de confiance personnelle et interpersonnelle. Il divulgue enfin les perceptions de l'avenir articulées entre optimisme personnel et pessimisme collectif.

« L'intérêt pour la chose publique ne se dément pas », constate Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof et enseignant à Sciences po. Une majorité de personnes sondées (56 %) déclare s'intéresser à la politique et le vote aux élections demeure de très loin le moyen privilégié pour peser sur les décisions. Les Français sont « attachés à la démocratie représentative, mais ne sont satisfaits ni de son fonctionnement ni de son efficacité. Ce sont des citoyens critiques. » Les sondés expriment une forte aspiration au renouvellement du personnel dirigeant et des pratiques politiques : « La classe politique est ­perçue comme non empathique, ­corrompue, parlant de manière ­abstraite, ne se souciant que des riches et des puissants, qui n'inspire que peu le respect et ne tient pas ses promesses ».


La confiance personnelle

Des Français méfiants, tentés par le repli, c'est le premier enseignement du baromètre de la confiance. Ainsi les trois premiers qualificatifs des sondés pour décrire leurs états d'esprit en disent long sur l'état de la société : la méfiance arrive en tête puis la lassitude et la morosité. Le bien-être n'arrive qu'en quatrième position. La famille et l'entourage proche sont plébiscités.


La confiance dans les institutions

Il existe une véritable prime à la proximité : le niveau de confiance baisse au fur et à mesure que les institutions sont considérées comme éloignées des personnes interrogées. Ainsi les Français ont davantage confiance en leur maire qu'en leurs députés ou eurodéputés. En ce qui concerne les organisations, il y a un niveau de défiance très forts vis-à-vis des grandes entreprises, publiques ou privées. Les banques ont ainsi un niveau de confiance très bas (30 %). A l'inverse 81 % des personnes sondées déclarent avoir confiance dans les PME. « Ce chiffre s'explique par la dimension de proximité incarnée par les PME, explique Martial Foucault, directeur du Cevipof et professeur à Sciences po. « On peut personnifier le chef d'entreprise d'une PME, on en connaît forcément dans son entourage. » Seuls l'hôpital et l'armée affichent des scores plus élevés.

La confiance dans la politique et la démocratie

Pour 89 % des sondés, les responsables politiques « ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous » ; pour 75 %, ils sont « plutôt corrompus » ; 40 % des personnes interrogées éprouvent de la « méfiance » en pensant à la politique et 28 % du « dégoût » ; seules 11 % d'entre elles ont « confiance » dans les partis.

L'état d'esprit des Français

C'est surtout sur le plan ­culturel ou sociétal que l'ouverture au monde suscite le plus de crispations. On peut le voir à travers l'affirmation qu'il y a « trop d'immigrés en France ». « Les vagues d'attentats donnent également une ampleur importante au questionnement sur l'intégration de l'islam, en germe depuis les années 1980 », ajoute Pascal Perrineau.

Celui-ci voit également d'autres signes de durcissement de la société, que ce soit l'attraction croissante pour le rétablissement de la peine de mort (47 % contre 32 % en 2009) ou l'idée exprimée à 68 % que les parents n'ont plus aucune autorité. « On voit là à l'oeuvre un phénomène complexe commun à tous les pays européens : la volonté d'accroître les libertés privées - ainsi l'hostilité au mariage homosexuel régresse sans cesse - s'accompagne d'une demande d'un ordre public fort », estime le politologue.

L'affirmation qu'il y a « trop d'immigrés en France » est désormais reprise par 64 % des Français, quand ils n'étaient que 49 % à le dire en 2009. 62 % des Français jugent que l'islam représente une menace pour la République (56 % il y a deux ans) et ils sont même 43 % à affirmer que les enfants d'immigrés nés en France ne sont pas vraiment français.

« Il y a un mouvement, que certains pourront trouver paradoxal, de Français réclamant plus de liberté pour les entreprises, tout en affichant un scepticisme de plus en plus grand face à la globalisation et à l'ouverture, qu'elle soit sociale ou ­culturelle », analyse Pascal Perrineau, responsable du programme « Vie politique » de Sciences po.

Plus de protection

Cette adhésion plus franche à l'économie de marché se lit à travers l'idée que l'Etat doit plus faire ­confiance aux entreprises : 63 % des Français adhèrent à cette affirmation, en hausse de 3 points sur un an et surtout de 20 points par rapport à 2009. Dans le même temps, la demande d'une réglementation plus étroite est en recul à 34 % (43 % en 2009). Autre signe, le souhait d'une réforme en profondeur du système capitaliste recule de 4 points en un an (à 41 %) et ne montre pas d'évolution notable par rapport à 2009.

Sur un plan politique, cela se traduit selon lui par l'attente d'une « verticalité » : « Après le président en jogging qui s'agitait et le président normal, les Français veulent une autorité tranquille qui en impose », juge Pascal Perrineau. Le futur chef de l'Etat sera celui qui « saura au mieux gérer cette tension entre fermeture et ouverture au monde, qui met sous tension le clivage traditionnel entre gauche et droite », estime le politologue.




http://www.lecese.fr/travaux-publies/rapport-annuel-sur-letat-de-la-france-en-2016

Les réponses rassemblées par OpinionWay auprès de plus de 2.000 personnes durant la 2me quinzaine de décembre 2016

Graphiques « LES ECHOS » / Source OPINIONWAY pour SCIENCES PO

Organigramme de la proposition constitutionnelle